La trilogie Vernon Subutex – Virginie Despentes

Après avoir terminé la trilogie de Virginie Despentes (dont j’ai attendu l’ultime tome avec impatience, j’avoue), me voilà donc avec mon petit article sur le sujet. C’est l’occasion de vous parler de la saga, et sans spoiler, promis. Parce que bon, autant vous le dire tout de suite, j’ai accroché depuis un petit moment.


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QUI, QUE, QUOI ?

Virginie Despentes est une auteure française connue pour ses thèmes assez chocs et engagés : les violences ne sont pas passées sous silence dans ses livres, c’est le moins qu’on puisse dire. Il suffit de parcourir un peu sa carrière littéraire pour s’en rendre compte. Son style d’écriture est assez nerveux, il y a beaucoup de jeu de ponctuation dans ses phrases (ou d’absence de ponctuation, parfois, d’ailleurs), et beaucoup d’ironie. Voilà pour un tour d’horizon très succinct de Virginie Despentes.

Vernon Subutex, c’est dans un premier temps l’histoire de son héros éponyme. Vernon, ancien disquaire plutôt « reconnu », passionné, a été contraint de fermer sa boutique, broyé par la crise du disque. Il réussit à vivre grâce aux aides sociales et à l’aide ponctuelle de son ami Alex Bleach, ancienne star du rock. Mais Alex décède brutalement, ce qui bouleverse la vie de Vernon. Entre le fait de se retrouver à la rue et celui d’être en possession d’un enregistrement inédit du chanteur, Vernon Subutex se retrouve à solliciter ses anciens amis, hébergé à droite et à gauche, et attirant l’attention de ceux qui convoitent la relique d’Alex Bleach.

Voilà grosso modo ce que je peux dire de l’histoire de départ pour donner envie à ceux qui ne l’ont pas lue sans spoiler et m’attirer leurs foudres. J’ajouterais simplement que au cours des trois tomes, Vernon se retrouve confronté à toutes les classes et situations sociales, tantôt SDF ignoré, tantôt vénéré.

MON AVIS

Vernon Subutex est une chronique contemporaine, une histoire terriblement actuelle et qui se veut l’être. Virginie Despentes croque la société française, celle exposée au grand jour comme celle plus obscure. De la mère de famille d’apparence parfaite au SDF malade d’alcool, de la jeune musulmane pratiquante et pieuse à l’actrice porno, elle fait entendre des dizaines de voix différentes. La multiplicité des personnages est réussie, on ne perd pas en complexité ou en psychologie, au contraire.

La parole est donnée aux plus faibles, aux marginaux, avec une empathie que je trouve impressionnante. Rien n’est gratuit. Le personnage facho, il n’est pas là pour faire figuration : non, il est là, avec sa colère et sa propre souffrance. Porteur de propos nauséabonds, mais avec un cheminement, une psychologie qui ne caricature pas, et qui permet de ne pas tomber dans le travers manichéen. Pour moi, Virginie Despentes nous confronte à l’autre, celui qu’on ne veut pas forcément voir. Elle nous laisse entrevoir l’humanité chez ceux dont on se refuse à croiser le regard, ou qui nous dégoûtent. Nos angoisses sont pointées du doigt, dont certaines sont devenues typiquement contemporaines, virales. Pas de langue de bois, donc.

D’ailleurs, la plume est vive, cash. Les accès de rage des personnages se ressentent à la lecture, notamment grâce à ce jeu de ponctuation que je mentionnais plus haut. Mais à côté de ça, il y a aussi des moments de grande douceur. Sur la longueur de chaque roman, je trouve qu’il y a une vraie dualité entre les instants d’apaisement et de colère, tant dans le fond que dans la forme. Chapeau.

La trilogie est truffée de références musicales, histoire d’achever de séduire l’amoureuse de rock que je suis.

Tout petit bémol. J’ai été un peu surprise par l’épilogue du tome 3. Il m’a même déplu un peu, je crois. Sans doute parce que je trouvais ce que je pensais être la dernière phrase comme une phrase parfaite. Néanmoins, il est étonnant, et je sais qu’il a beaucoup plu à d’autres par son originalité et son message.

Bref, je conseille mille fois cette trilogie actuelle, engagée, dont j’ai dévoré chaque tome, avec une préférence pour le 1 et le 3. Foncez !

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