Treize – Aurore Bègue

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler d’une jolie lecture que j’ai faite récemment, un premier roman. Je me suis rendue compte il y a quelques temps que j’ai eu tendance à délaisser les petites pépites ces derniers temps, lisant surtout des classiques ou des livres à gros tirages. L’envie m’a donc pris de changer un peu d’horizon, et grand bien m’en a pris car je suis tombée sur Treize, un roman très juste et sensible, que j’ai lu presque d’une traite.

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QUI, QUE, QUOI ?

Aurore Bègue a écrit son premier roman avec Treize. J’ai cru comprendre qu’elle en avait d’autres en préparation, ce qui me semble être une plutôt bonne nouvelle au vu de ce que j’ai lu ! Une plume sensible, fine et lucide, qui mérite de continuer à être publiée.

Treize c’est l’histoire d’Alice et de sa famille pendant l’été 1992. Sa mère, fragile psychologiquement, capable de passer du rôle de la mère parfaite et souriante à la crise de larmes en un rien de temps. Son père, le complice, qui compense comme il le peut le caractère instable de sa femme. Sa sœur, Marie, qui du haut de ses seize ans, semble avoir la beauté du diable, dans son nouveau corps de femme et son charme de lolita. Alice, elle, qui navigue entre deux âges, et qui ne se sent pas forcément bien jolie à côté de cette sœur qu’elle admire, observe et grandit, et s’apprête à profiter de cet été en famille. Comme chaque année, la famille part dans sa maison de vacances sur la côte. L’été est prometteur, ensoleillé, au bord de la mer, de ces étés qui construisent de beaux souvenirs à chérir. Seulement, cet été, rien ne sera pareil. Car un drame se noue et progresse, et cette Alice qui grandit, elle ne sera plus jamais la même après l’été de ses treize ans.

MON AVIS

Un joli roman, indéniablement. Alice est incroyablement touchante, avec son manque d’assurance, qui s’oppose à son sens aigu de l’observation. Elle grandit, elle nous rappelle nos propres doutes de pré-adolescence, et Aurore Bègue traduit formidablement bien cette période étrange où les jeunes filles deviennent des femmes sans savoir si elles le veulent vraiment. Parce que Alice veut grandit, veut séduire, veut ressembler à Marie, mais en même temps, ça lui fait peur, parce qu’elle voit bien que les adultes autour d’elle deviennent infiniment compliqués. En réalité, j’avais envie de lire ce roman, moi qui aime tant l’Effrontée, le film avec Charlotte Gainsbourg, avec une toute jeune adolescente un peu dépassée elle aussi par cet été où tout change en elle et autour d’elle. Et je n’ai pas été déçue du tout.

Il y a beaucoup de fragilité dans ce roman. On sait qu’un drame affreux va se produire, on nous a prévenus. Ce qui donne un écho particulier à chaque instant de cet été, jusqu’à ce que l’irréparable se produise. En même temps qu’Alice se construit, avec tout son charme enfantin, poétique, sensible, on constate que quelque chose d’affreux se tisse, de malsain, et peu à peu on devine, on pressent. Tout cela, Aurore Bègue le construit avec une écriture tout en délicatesse, tout en sous-entendus, avec une subtilité que j’ai beaucoup appréciée.

Un premier roman a des défauts, mais ce sont les défauts de ses qualités. J’ai apprécié la sincérité de ce roman, sa simplicité pour une psychologie aussi complexe. Aurore Bègue réussit admirablement à faire d’une histoire d’adolescente une histoire d’adulte.

Peut-être l’avez-vous lu ? Sinon, n’hésitez pas.