Chaka – Thomas Mofolo

Temps pluvieux, temps de lecteur heureux ? Vous me direz, j’aime bien lire au soleil. Néanmoins, j’avoue que je suis une amoureuse de l’automne : les plaids, les couleurs dorées sur les arbres, les bougies, les potirons, les boissons chaudes… Et j’ai toujours adoré lire au chaud, à l’intérieur, mon chien ronflant à mes pieds, pendant qu’il pleut dehors. Le ciel gris tristounet m’inspire le cocooning, et m’appelle à la lecture. C’est donc pour une nouvelle chronique littéraire que je vous retrouve aujourd’hui, celle de Chaka. Une épopée bantoue de Thomas Mofolo.

Cette lecture m’a été inspirée par l’article de Le Cactus Sahélien : Top 10 des livres de la littérature africaine à lire au moins une fois dans sa vie, dont je vous conseille la lecture. J’ai réalisé que je méconnaissais vraiment, comparé à d’autres continents, la littérature africaine et que j’avais sans doute de très belles découvertes à y faire. J’ai fait mon choix d’envies dans l’article, et, prise d’envie d’épopée (grande fan de l’Odyssée et autres récits que je suis), j’ai eu envie de me lancer dans Chaka.

QUI, QUE, QUOI ?

Thomas Mofolo, l’auteur du roman, est né en 1876 au Lesotho (Afrique australe). C’est un écrivain de langue souto. Chaka est son roman le plus connu, considéré aujourd’hui comme l’un des ouvrages les plus importants de la littérature africaine du XXe siècle.

Chaka, c’est une épopée inspirée de la vie réelle du roi Chaka, fondateur de l’empire zoulou. J’ai beaucoup de mal à résumé ce roman et je crois que je vais éviter, par peur de trop en dévoiler, ou de me perdre en détails inutiles. Chaka a une vie extraordinaire, épique, guidée par l’ambition, celle du pouvoir, de la gloire, qu’il n’obtiendra qu’au prix du sang, sur fond de pacte magique.

MON AVIS

Je ne vais pas vous mentir, je me doutais que ce livre me plairait. Cet aspect épique m’attirait énormément et il ne m’a pas déçu. J’ai été très emballée par ma lecture de cette épopée bantoue, à la fois fascinante et terrifiante.

Si cette épopée est en prose, elle est indéniablement poétique. Thomas Mofolo, avec sa plume, assure la force des images, leur beauté, et qui joue parfaitement bien avec les extrêmes : le beau, le laid, le terrifiant, le réel, la croyance. J’ai été littéralement transportée ailleurs : en Afrique, certes, mais plus loin encore, dans quelque chose de presque immémorial, de profond, de mythique. Et parce J.M.G Clézio parle mieux que moi, je me permets d’insérer cet extrait de sa si juste préface :

« L’on entend ici la voix des pasteurs bassoutos, leurs paroles à la fois cérémonieuses et pleines d’humour ; l’on entend la voix des conteurs, des guerriers, des féticheurs, comme autrefois, dans les chansons de geste, la voix des soldats et des ménestrels. Ce livre tragique et violent est aussi un livre d’images, un conte fabuleux […] C’est bien là la force des grands poèmes épiques. Ils sont à la fois les livres d’un peuple, pleins de vérité terrestre, et les messages secrets de l’au-delà. […] Alors écoutant cette parole pleine de force, nous reconnaissons notre propre aventure, qui va du réel au magique. »

Au-delà de cette écriture absolument merveilleuse, puissante, imagée, il y a ce récit hallucinant, qui rendrait presque fiévreux. Parfaitement documenté, on découvre la figure de Chaka entre admiration et horreur. Il y a l’ambition de Chaka, ses qualités stratèges, sa figure héroïque, mais aussi sa perdition, son ambition démesurée, sa folie. Et quel plaisir d’être plongée dans cette histoire mystique, tragique, qui dépayse totalement sans être trop loin de nous. Chaka se déroule à mille lieues de mon univers, aussi bien géographiquement, historiquement qu’en terme de croyances, pourtant, ce roman a quelque chose d’universel, parce que empreint de passions humaines. Une morale sur le prix de l’ambition et du pouvoir qui résonne en chacun de nous, qui effraie et qui fascine. Un très grand roman.

Vous l’aurez compris, je vous conseille mille fois sa lecture. Il a rejoint mon top des lectures incontournables, et en excellente place. Sur les conseils de Le Cactus Sahélien, je compte bien poursuivre mes découvertes avec, la prochaine fois, la lecture de Sarraounia.

Connaissez-vous ce roman ? Vous tente-t-il ?