Ces « vieux films » à (re)découvrir

Petit point cinéma aujourd’hui, avec l’envie de me replonger dans certains de mes classiques préférés. Des films puissants, émouvants, brillants de justesse. Des vieux films en noir et blanc, à selon moi, découvrir absolument, simplement pour la claque qu’ils vous donnent, en terme de scénario, d’émotions, de réalisation. C’est une première sélection que je vous propose, celle de mes vieux films favoris entre tous, mais loin d’être les seuls à mériter leur place. Si le principe vous plaît, on pourra discuter d’autres pépites.

Freaks, la monstrueuse parade (1932)

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L’histoire de ce film se déroule dans les années 30, dans le cirque Tetrallini, un cirque comme il a pu en exister auparavant : un cirque de « monstres ». La troupe du cirque est composée de personnes atteintes de malformations physiques, pour certaines impressionnantes, qui leur vaut d’être considérées comme des monstruosités à exhiber en spectacle. Parmi les « spectacles », une femme à barbe, des sœurs siamoises, « Demi-Boy », bref, autant d’êtres humains à l’humanité niée, contraints par la force des choses, par le regard des autres, de la société, à devenir des phénomènes de foire. Il convient de préciser ici que les acteurs ne sont pas maquillés, ou sous le coup d’effets spéciaux, et sont réellement malades ou atteints de malformations : de nombreux acteurs ont d’ailleurs vécu, à un moment ou à un autre, cette vie d’exhibition dans les cirques ou les spectacles.

Revenons-en à l’histoire. Hans, atteint de nanisme, est fiancé à la jolie Frieda, l’écuyère du cirque, naine, elle aussi. Malgré la tendresse de Frieda, Hans est fasciné par la belle Cléopâtre, la trapéziste du cirque, l’une des rares à n’être atteinte d’aucune malformation physique. Mielleuse, aussi sournoise qu’elle est belle, Cléopâtre s’amuse de cette admiration de Hans à son égard, accepte ses cadeaux et ses compliments, tout en continuant à le tourner en ridicule et à entretenir sa relation avec Hercule, Monsieur Muscle du cirque de son état. Seulement voilà, Hans touche un héritage, et Cléopâtre est vénale. Pourquoi ne pas profiter de l’amour de Hans et l’épouser pour mieux récupérer son argent ?

Ce film s’attaque à un sujet dérangeant, douloureux, celui de la monstruosité. En nous confrontant aux malformations physiques, au handicap, à la peur du « monstre », on nous renvoie ici à notre propre monstruosité. Les monstres ne sont pas ceux qu’on croit, et sous son physique ravageur, Cléopâtre cache toute l’horreur dont peut être capable la nature « humaine » à l’égard de ses semblables. Freaks est également un témoignage historique dérangeant de l’exploitation humaine dans le milieu du spectacle, et croyez-moi, quand on se penche un peu sur la vie réelle des acteurs de ce film, il y a parfois de quoi être malade de honte. On ne ressort pas indemne de ce film, car il est le miroir de ce qu’il y a de plus vil en nous. La vie simple, ordinaire, joyeuse et aimante des « monstres » dans leur vie quotidienne vient s’opposer au regard du monde extérieur sur eux, à l’exploitation presque animale qui est faite d’eux, à notre propre voyeurisme. Ce film est dur, profondément dérangeant, mais pouvait-il en être autrement ? Il a le mérite de nous confronter à ce que l’on ne veut pas voir, chez les autres (face à la différence, la maladie, le handicap, le « laid ») et dans notre propre comportement, notre propre part humain/monstre. Un film qui m’a profondément bouleversée, définitivement.

Les Diaboliques (1955)

Film and Television

Les Diaboliques est un film de Clouzot, avec la si charismatique Simone Signoret au casting. L’histoire se déroule dans un pensionnant pour garçons dont Christina (Véra Clouzot) est la propriétaire, et Michel (Paul Meurisse), son mari, le directeur. Michel est un mari odieux, tyrannique et infidèle. L’une des institutrices, Nicole (Simone Signoret) est sa maîtresse. Christina est parfaitement au courant de cette « liaison » mais plutôt que de haïr Nicole, elle préfère partager sa haine avec elle, jusqu’à ce qu’elles s’entendent pour tuer Michel.

Les Diaboliques est un film noir, pesant de suspens. Ce film a tellement impressionné Hitchcock qu’il a demandé aux auteurs du roman dont il est issu de lui écrire un scénario, qui donnera Vertigo. La violence est froide, psychologique, jusqu’à créer une ambiance angoissante, malsaine, sublimée par la réalisation et le noir/blanc. Un thriller français, plein de tension, qui parfois, nous donne l’impression d’entendre notre propre cœur essayer de s’extraire de notre cage thoracique. J’applaudis, et je veux le revoir, d’ailleurs : dimanche soir, peut-être, déjà.

La Nuit du Chasseur (1955)

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La Nuit du Chasseur est un film américain réalisé en 1955 par Charles Laughton, tiré du roman du même nom, et lui-même inspiré par le tueur en série Harry Powers.

En Virginie, dans les années 30, Harry Powell, révérend, prêcheur, ou plutôt, fanatique religieux, est arrêté pour vol de voiture. En réalité, plus qu’un voleur, il est un tueur : il épouse des veuves, puis les assassine, empochant au passage leur argent, tout en prétextant agir selon la volonté divine. Pendant son séjour en prison, il a pour compagnon de cellule Ben Harper, emprisonné après avoir commis un hold-up. Ben a caché le butin et a révélé la cachette à ses deux enfants avant son arrestation. Powell fait tout son possible pour faire avouer à Ben Harper où se cache l’argent, mais le père de famille est exécuté avec son secret. Powell change donc de stratégie, renouant avec ses démons : à sa sortie de prison, il se rend chez la veuve du braqueur, déterminé à faire avouer aux membres de la famille où se trouvent les 10 000  dollars.

Quel film ! Là encore, beaucoup de tension, avec des instants d’angoisse, de traque vraiment incroyables. Le personnage de Powell est troublant de complexité, de manipulation. Robert Mitchum est tout simplement magnétique dans ce rôle, et terriblement effrayant. Sur bien des points en terme de scénario, ce film se rapproche du conte, car les deux enfants se retrouvent seuls contre le reste du monde, contre cet ogre effrayant, profondément mauvais, fou, espérant un adulte providentiel  une bonne fée, pour les sauver. Critique sociale (fanatisme religieux, pauvreté…), conte moral, thriller, La Nuit du Chasseur est merveilleusement plusieurs choses à la fois.

M le Maudit (1931)

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Film allemand réalisé par la grand Fritz Lang en 1931, M le Maudit prend place dans une grande allemande, qu’on suppose être Berlin. Un meurtrier d’enfants sème la panique dans la population, au sein de la police et même de la pègre, qui voit ses affaires « dérangées » par les enquêtes et les contrôles incessants. Commence alors, de tous les côtés, une traque intense pour arrêter le meurtrier.

Alors là, je vous préviens, on est sur un chef-d’œuvre. L’ambiance de ce film est oppressante, celle d’une ville en proie à l’hystérie, à la suspicion collective et aux dénonciations anonymes. Le tueur, est durant un temps, une simple silhouette sifflotante. Ah, ce leitmotiv du sifflement de Dans l’antre du roi de la montagne ! Il y a une tension, une peur, une montée en escalade dans la population que l’on ressent réellement, en tant que spectateur. Par la même occasion, Fritz Lang, avec son premier film parlant, dépeint la société allemande des années 30, en proie aux problèmes que l’on connaît, et qui connaît de profonds bouleversements, via la population et notamment, la pègre. Et que dire du meurtrier, interprété par Peter Lorre ? Il est effrayant, pathétique, bouleversant, monstre et humain, révélant sa profonde nature double, envahissante, épuisante lors d’un monologue qui m’a complètement retournée. Le genre de scène qui vous réduit au silence pendant de longues minutes. Je n’en dis pas plus.

La Vérité (1960)

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Encore un Clouzot, cette fois de 1960, avec à l’affiche, la magnifique et troublante Brigitte Bardot. Ce film se dispute régulièrement la première place de mes films préférés, c’est vous dire si je l’aime. La Vérité, c’est celle que cherche à obtenir les assises de la belle Dominique Marceau (Brigitte Bardot), jugée pour avoir tué Gilbert, son amant (Sami Frey). Au fur et à mesure du procès, Dominique se dévoile, et dévoile cette terrible histoire d’amour, ce naufrage plein de naïveté et de jalousie.

C’est très difficile pour moi de parler de ce film sans passer pour une illuminée. A chaque fois, je suis touchée en plein cœur par la grâce de Brigitte Bardot dans ce rôle : tantôt provocante, tantôt apeurée, tantôt naïve, tantôt tristement lucide, enfantine, femme fatale, elle est tout ce que l’amour peut amener une femme à être. Il y a une telle sincérité, un tel élan de vérité, confondu avec l’insolence par les notables, la vieille génération qui ne voit pas la simplicité de l’amour de Dominique, que cela vous retourne le cœur. Entre raison et passion, cette histoire d’amour, jugée au grand jour, c’est l’histoire de la jeunesse des années 60, qui s’affranchit, qui se différencie, qui n’est plus comprise. Et c’est beau de simplicité, car Brigitte Bardot, même dépourvue de ses artifices de séductrice, brille, et représente merveilleusement cette jeunesse fougueuse, spontanée, diablement sincère. On dit souvent que c’est le plus beau rôle de Bardot, j’approuve mille fois. Elle me met les larmes aux yeux à chaque fois : « Vous êtes là, déguisés, vous êtes tous morts ! ». Et quelle fin, écrasante de pragmatisme. Si vous ne connaissez pas ce film, lancez-vous, tout est beau, de Brigitte aux dialogues, des larmes à la musique.

Vous connaissez certains de ces films ? Une envie de papoter à propos d’eux ? Un vieux classique à me conseiller ?


J’en profite pour vous rappeler qu’un concours a lieu actuellement sur le blog, pour gagner une « box » concoctée par mes soins, et pensée pour rendre vos dimanches pluvieux (je suis dans le thème du mois, non ? 🙂 ) plus cotonneux. RDV ICI.