L’ennui du mort vivant – Luc Doyelle : Un polar humoristique déjanté

Cela faisait un moment qu’on avait pas papoté lecture par ici, et il est grand temps d’y remédier : ce n’est pourtant pas faute de manquer de matière, car j’ai eu le nez fourré dans les bouquins pendant tout le mois. En tout cas, j’ai eu des jolies lectures, et c’est aujourd’hui d’une belle surprise dont j’ai envie de vous parler, celle du roman L’ennui du mort-vivant, de Luc Doyelle. Aujourd’hui donc, on parle culture, polar, jeux de mots et humour. On y va ?

QUI, QUE, QUOI ?

Luc Doyelle est un auteur français un brin fêlé : je peux me le permettre, il le dit lui-même. Ses biographies fictives, toujours délirantes, en disent long sur un personnage volontiers excentrique dans l’écriture. Une naissance à Brastilava-les-Aisselles, une mère qui l’aurait trempé dans un fleuve en le tenant par l’oreille gauche, tel un Achille des temps modernes, une reconversion dans l’organisation de combats de koalas… Bref, vous voyez où je veux en venir 😉

L’ennui du mort-vivant est le « petit dernier » de Luc Doyelle, qu’il m’a gentiment proposé à la lecture. Le résumé de ce polar humoristique m’a réellement intriguée (vous allez très vite comprendre pourquoi) et j’ai donc plongé mes yeux curieux dans ce roman qui nous emmène au coeur d’une des aventures de Lucius von Lucius, thanatopracteur passionné par l’Égypte antique et auteurs de polars à ses heures perdues. Le cadeau que lui destinait son ami Nestor Boyaux, une peau de mouton décrivant, en hiéroglyphes, une technique inconnue d’embaumement, est dérobé. S’en suit une enquête incroyablement loufoque pour la récupérer pendant laquelle il va falloir notamment faire avec un serial killed vraiment pénible. Oui, vous avez bien lu, un serial killed, pas un serial killer 😉

MON AVIS

J’ai craint, au début, d’être rebutée par la narration, car je n’aime pas forcément les romans où le narrateur s’adresse directement à son lecteur, et le rythme peut être assez déconcertant : l’auteur ne s’arrête jamais. Les péripéties s’enchaînent, les jeux de mots, les vannes, les calembours, les échanges décalés. Néanmoins, je me suis prêtée au jeu, pour me retrouver finalement tout à fait convaincue.

L’ennui du mort-vivant est un roman loufoque et qui l’assume. Une fois cette donnée intégrée, on s’amuse. Luc Doyelle ne se prend pas au sérieux, il ose, et veut faire rire avec cette enquête délirante, et je trouve le pari plutôt réussi. Alors certes, il faut pouvoir suivre les nombreux jeux de mots et à défaut d’en être friand, réussir à rentrer dans cet humour très punchy, moqueur et déjanté, bourré de références détournées. Pour ma part, j’ai sauté dedans à pieds joints, savourant cette excentricité qui m’a semblé rafraîchissante. Au-delà des qualités humoristiques, il y a derrière cette histoire, un auteur qui se fait plaisir, qui communique une bonne humeur dont on a parfois besoin.

Le ton est volontairement très masculin, vintage, un brin cliché, à la manière de ces héros policiers très gouailleurs : un autre avis parlait d’un côté Nestor Burma, et j’avoue qu’il y a un petit écho. Luc Doyelle sait jouer avec les mots, manipuler l’écriture, et sa plume est ludique.

L’enquête policière en toile de fond n’est pas pour autant bâclée, même si je trouve qu’elle souffre de certaines longueurs (et de mécanismes trop répétitifs), et que le dénouement ne m’a pas entièrement convaincue : néanmoins, il y a une réelle histoire dans ce roman, pas juste un enchaînements de bons mots et de blagues. Dans son roman, l’auteur n’a donc pas oublié le polar, ni de se moquer de certains de ses mécanismes classiques. On m’avait promis un polar humoristique, je l’ai eu, sans aucun doute 😉

Un roman à prendre donc comme un condensé d’humour (qui ne manque pas d’esprit), et qui remplit parfaitement son contrat. Ce roman auto-édité s’amuse et est amusant, sans manquer de fond, de matière ; Luc Doyelle assume et maîtrise parfaitement son humour, et m’a fait passer de très bons moments.

(*) Ce livre a été chroniqué dans le cadre d’un « service presse » : l’auteur me l’a proposé à la lecture contre chronique. Ce procédé n’interfère en rien avec ma critique, qui est aussi sincère que pour un livre acheté avec mes propres deniers.

Cette lecture vous tente ? Le polar humoristique, c’est un genre qui vous parle ?