Gérer son rapport aux réseaux (pas si) sociaux

Voilà un article qui me trottait depuis longtemps dans la tête. Le genre de billet qui traîne depuis une éternité dans vos brouillons, sans cesse modifié, retouché, réorienté.

Il faut dire que le sujet des réseaux sociaux est complexe : je ne sais pas ce que vous en pensez (et je suis curieuse de le savoir), mais pour ma part, je trouve la question des rapports aux réseaux sociaux vraiment fascinante. Tantôt encensés, tantôt décriés, les réseaux ne mettent personne d’accord : d’ailleurs, d’une semaine à l’autre, je ne suis pas toujours d’accord avec moi-même sur le sujet. En réalité, j’oscille régulièrement entre obsession et envie de déconnexion. J’essaie, depuis quelques temps, d’adopter une relation beaucoup plus saine aux réseaux sociaux, qui ne serait pas teintée d’excès ou de culpabilité, et c’est de ce cheminement dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui.

Ces derniers temps, on attaque beaucoup les réseaux sociaux, moi la première quand je vois ce qui s’y passe (mais j’y viendrais juste après). Mais il serait bien malhonnête de ma part, alors que je les utilise au quotidien, dans ma vie personnelle comme pour promouvoir le blog, de ne pas parler de leurs avantages. Car c’est indéniable, des avantages, ils en ont. Les réseaux sociaux sont « sociaux », sont avant tout des outils de communication, de partage, qui me permettent tous les jours d’avoir des nouvelles de mes proches, de mes amis, de communiquer facilement avec eux, mais pas uniquement. Les réseaux sociaux sont de formidables outils de découvertes : tous les jours, grâce aux partages, je découvre de chouettes billets, de chouettes articles. Actualités, chroniques littéraires, conseils lecture ou ciné, billets d’humeur touchants et lucides, et tant d’autres encore. Parfois, des choses que je n’aurais pas cherché ou découvert spontanément viennent à moi, comme ça, simplement, juste parce que ma page s’est actualisée, et je trouve ça génial. C’est bon pour ma culture, mon ouverture d’esprit, mon sens de l’humour aussi. Et puis, sans les réseaux sociaux, je n’aurais pas rencontré de très, très chouettes personnes qui désormais m’enrichissent au quotidien. Donc, je ne suis pas du tout anti réseaux sociaux.

Se retrouver confronté à un monde agressif et biaisé

Seulement voilà, les réseaux sociaux, de pas leur fonctionnement, de par leurs utilisateurs, connaissent des dérives vraiment difficiles à ignorer. Et ce que je trouve fascinant, c’est que chaque réseau semble créer sa propre spécificité dans les abus. Je parle des trois réseaux que j’utilise : Facebook, Twitter, Instagram. Parler d’autres réseaux dont j’ai une connaissance très superficielle, comme Snapchat qui ne m’attire pas du tout, n’aurait aucun sens. En fait, plus le temps passe, plus je vois les défauts des réseaux, comme s’ils m’étaient montrés avec un verre grossissant.

Facebook, que j’ai commencé à utiliser à ses premières heures (ça ne me rajeunit pas tout ça) est je crois, celui dont l’utilisation m’est devenue la plus dérangeante. Tout simplement parce que malgré mes efforts pour contrer cet effet, je n’aime pas l’espèce de créature voyeuriste en laquelle il me transforme. Vraiment, c’est impressionnant. Et ce n’est pas faute d’essayer de taire ces instincts indiscrets en moi. Mais je suis faible, très faible, et je me retrouve toujours dans une situation de fouineuse. Alors certes ce n’est pas toujours ma faute : mes contacts publient parfois toute leur vie sur Facebook, les bons comme les mauvais moments. Autant je n’ai pas de complexes à me réjouir en constatant grâce à mon fil d’actualités qu’une connaissance du collège est une radieuse et heureuse mariée, par exemple, autant je me déteste quand je me retrouve à juger intérieurement la vie amoureuse ou professionnelle d’une personne que je n’ai pas croisée depuis dix ans. Le pire, c’est quand je me retrouve à regarder des photos de contacts de mes amis : je ne connais pas ces gens, qu’est-ce que je fais là ? Et au-delà du voyeurisme, Facebook est devenu le royaume des hoax, de la désinformation, des publications haineuses, anxiogènes. Dérouler le fil de commentaires d’une actualité, sur n’importe quel sujet, c’est plonger dans un déferlement de haine et d’intolérance. Facebook me fatigue, finalement.

Twitter a cet avantage d’être beaucoup moins personnel et voyeuriste à mes yeux, majoritairement parce que mon utilisation est réduite au blog. J’y suis anonyme, et je n’y suis pas d’amis réels, seulement des connaissances virtuelles dont les contenus m’intéressent. J’avoue que j’aime beaucoup son fonctionnement propice à l’efficacité, et aussi, il faut le dire, à la punchline. On peut vraiment rire, avec Twitter. Je suis la première à aimer les vannes que j’y lis. Seulement encore une fois, que se passe-t-il dans la tête des gens ? Je suis horrifiée par la facilité avec laquelle on a transformé l’art de la punchline en celui du lynchage. La violence de certains propos, qui se diffusent aussi vite, qui arrivent en quelques secondes, si vite lus, partagés tout aussi vite, renchéris immédiatement… Commenter l’actualité presque en direct c’est bien. Lyncher, submerger une personne (publique ou non), c’est nauséeux, malsain et lâche. D’autant qu’il est difficile de se faire comprendre avec la limite de caractères, qu’il est très facile de mal interpréter des propos, et de se ruer sur quelqu’un à la moindre notification.

J’ai longtemps cru Instagram en dehors de ces questions. Y étant surtout inscrite pour suivre des comptes de type bookstagram et cookstagram, je suis restée assez longtemps  ignorante des problèmes spécifiques à ce réseau social. Ils sont à mes yeux d’un tout autre ordre que les deux précédents, je n’ai pas cette impression de voyeurisme, de harcèlement ou de haine avec. Pourtant, Instagram n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains. On peut, très vite, se retrouver à comparer son monde à un univers artificiel, biaisé. Je me demande vraiment comment je me serais sentie à 14 ou 15 ans (ne nous voilons pas la face, les ados et les réseaux sociaux, c’est une histoire d’amour), encore mal dans ma peau, confrontée à ce matraquage de perfection. Instagram opère sur le long terme, finalement, et je crois sincèrement qu’on peut en venir à perdre un certain rapport à la réalité. C’est un peu comme quand avec Pinterest, on se retrouve confronté à des photos d’intérieurs magnifiques, épurés, optimisés, et qu’on en vient à se demander pourquoi on est pas fichu de tenir sa maison de la même manière. Et pourtant, que celui qui n’a jamais oublié de ramasser ses chaussettes après les avoir enlevées dans le canapé ou laissé traîner de la vaisselle jette la première pierre… Or, selon les périodes de notre vie, pour l’une ou l’autre raison, nous n’avons pas toujours le recul nécessaire pour se rappeler que ce n’est pas de l’instantané, justement.

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Trouver son équilibre

Vous allez me dire que les problèmes ne sont pas les réseaux sociaux, mais l’utilisation qu’on en fait. C’est vrai. C’est pour ça que j’essaie de trouver mon équilibre, une manière de gérer tout ça, qui me déclencherait moins de colère envers les autres et envers moi-même. A chacun de trouver son rapport aux réseaux sociaux, bien sûr : si vous ne ressentez aucune gêne, aucune envie de déconnexion, loin de moi l’idée de juger votre utilisation parce que mon ressenti en est différent. Tout est une question de mesure, mais cette dernière est différente pour chacun !

D’ailleurs, je ne suis pas faite pour la déconnexion. Ce n’est pas mon truc, tout comme me couper d’un réseau en particulier. Es-ce un effet vicieux de l’omniprésence des réseaux sociaux sur notre génération ? Je ne sais pas, mais en tout cas, j’ai mes petits réflexes quotidiens sur mes réseaux. Je sais parfaitement que je ne serais pas capable de me déconnecter pendant une semaine de Twitter. La raison principale étant que je n’en ai pas envie, et que je ne souhaite pas le faire juste à cause d’une tendance « off », alors que ça m’ennuierait vraiment.

En revanche, j’ai mes petits réflexes à moi, mes principes, qui me permettent de garder une certaine distance avec tout cela et surtout, de profiter majoritairement des avantages des réseaux sociaux sans être trop polluée par ce qui me dérange.

  • Pour Twitter et Facebook, je n’ai pas d’applications sur mon smartphone. Pas de notifications, il faut que j’ouvre mon navigateur pour voir ce qui s’y passe. J’y suis quand j’y suis, connectée qu’au moment où je l’ai décidé, et pas vampirisée.
  • Je fais actuellement un gros tri dans mes contacts Facebook, afin de freiner ma tendance au voyeurisme. Je me suis désabonnée de pas mal de pages et de groupes, aussi.
  • Si je garde des comptes à visée très esthétique au niveau d’Instagram, parce que c’est joli et inspirant, je suis aussi des comptes plus ordinaires, moins léchés. Un savant mélange entre inspirations et un univers plus proche de moi, qui n’est pas complexant.
  • J’ai arrêté de commenter les actualités Facebook. Mon instinct féministe et solidaire me poussait souvent à essayer de clouer le bec à des personnes haineuses, simplement parce que je ne supporte pas de voir des choses pareilles écrites (et non modérées), mais ça m’épuise. Maintenant que j’ai le blog, j’ai un autre moyen de faire entendre ma voix, et de manière réfléchie, en pouvant maîtriser mes émotions.

Et vous, quel est votre ressenti par rapport aux réseaux sociaux ?