Underground Railroad – Colson Whitehead : dans les entrailles de l’Amérique esclavagiste

Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler d’un livre qui m’a fait de l’œil dès sa sortie : le sujet, le résumé, sa réception critique (Prix Pulitzer, quand même !) et même sa couverture, tout me faisait envie chez Underground Railroad. J’ai d’ailleurs tenté les messages subliminaux comme directs pendant des mois pour qu’on me l’offre, jusqu’à finir par aller le chercher moi-même en passant dans un Furet du Nord. Passionnée d’histoire, j’ai toujours adoré me plonger dans d’autres époques à travers les livres, et avec ce roman, j’ai été transportée au cœur de l’Amérique esclavagiste. Une lecture vibrante d’injustice et de malaise, et que j’ai lu par petits bouts pour en savourer toute la réflexion à en tirer.

QUI, QUE, QUOI ?

L’auteur, Colson Whitehead est un romancier américain, journaliste de formation, dont les articles sont entre autres parus dans le New York Times. Avec Underground Railroad, il signe son sixième ouvrage, encensé par la critique : meilleur roman de l’année 2016 pour la presse américaine, prix Pulitzer 2017… Ce roman est l’histoire d’une jeune fille de seize ans, Cora. Esclave en Géorgie dans une plantation de coton, elle finit par fuir en compagnie d’un autre esclave, Caesar. Pourchassée, manipulée, Cora fuit, aidée par le réseau clandestin de l’Underground Railroad. Une histoire fictionnelle donc, mais qui a cœur de faire aussi un peu acte de documentaire sur une époque trouble.

MON AVIS

Underground Railroad est donc l’histoire d’une fuite. Pas n’importe quelle fuite, mais une fugue pour la liberté, qui transparaît clairement comme un besoin viscéral. Car oui, les premières pages du roman nous confrontent très brutalement à la vie quotidienne dans le quartier des esclaves d’une plantation de coton. On le comprend très vite, Cora et les autres n’y vivent pas, ils y survivent. Ils survivent à une vie de travail acharné, inhumain et épuisant, à la cruauté des maîtres et contremaîtres, à des conditions de vie misérables, mais aussi à une vie dans une communauté à la violence exacerbée. Premier malaise pour le lecteur, celui d’être spectateur d’une telle négation d’humanité et de la débauche d’une violence absurde, mais qu’on sait pourtant avoir malheureusement existé. Un fantôme du passé qu’on ne doit pas oublier.

Colson Whitehead fait d’ailleurs de son roman un mélange de fiction et de documentaire. L’écriture est un peu journalistique : si elle n’est pas dénué d’émotions et de profondeur, la plume reste tout de même celle d’un reportage. C’est un peu déconcertant parfois, car on voudrait en tant que lecteur se rapprocher encore un peu de Cora et des autres personnages. J’ai eu la sensation parfois d’avoir sous les yeux des personnages porte-paroles, sorte de prétextes à un fiction documentaire plutôt qu’à de vrais héros de roman. Cependant, et Maned Wolf en parle elle aussi ici dans sa chronique, c’est un parti pris. L’efficacité du récit est là pour souligner la fuite et l’insécurité permanente de Cora, qui finalement, n’a jamais le temps de vivre. Ce roman est une sorte d’histoire fantastique documentaire, emplie de métaphores pour aborder les nombreuses facettes d’un pan de l’histoire extrêmement sensible. L’Underground Railroad, par exemple, ce réseau d’aide clandestin aux esclaves en fuite, est véritablement matérialisé en chemin de fer : personnellement, j’ai trouvé cela très habile. La métaphore de la liberté est donc matérialisée, et donne à cette fuite des allures d’odyssée. Une quête de la sécurité, avec ses multiples épreuves qui viennent dynamiser un récit à la chronologie parfois un peu déconcertante en raison des nombreux souvenirs qui viennent hanter les personnages.

En réalité, je trouve ce roman difficile à chroniquer. C’est une histoire belle et cruelle. Cruelle parce que le sujet est dur, inhumain : j’insiste sur cet aspect, mais avec ce livre, on se confronte à nouveau à la négation d’humanité d’hommes et de femmes à qui on a tout pris. Tellement tout pris qu’on se dit que c’est si illégitime, si affreux que cela en devient absurde : pourtant, si la forme est fictionnelle, on le sait, le fond n’est que trop vrai. Quand j’étais enfant, j’avais pris une claque avec La Case de l’Oncle Tom. Underground Railroad m’en donne une autre. Une belle histoire aussi, parce qu’en contraste de toute cette cruauté, il y a le désir de liberté et d’amour de Cora, son intensité, ses espoirs. Lorsque Cora s’interroge, on s’interroge avec elle. Et je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais je trouve que c’est une bonne chose, de s’interroger. Bref, pour ma part, j’ai énormément aimé cette lecture, qui m’a remuée malgré un style assez factuel : je maintiens donc, c’est une claque.

Vous avez lu Underground Railroad ? Le sujet vous intéresse ? 

 

 

17 commentaires sur « Underground Railroad – Colson Whitehead : dans les entrailles de l’Amérique esclavagiste »

      1. C’est totalement le genre de récit qui pourrait me plaire je pense. Je viens de terminer My Absolute Darling (niveau inhumanité on est pas mal) et j’aime beaucoup les bouquins de David Vann (gros niveau aussi), du coup tu me conforte vraiment dans l’idée de me plonger dans celui là 🙂

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      2. My absolute darling est dans ma wishlist… Je sais pas ce que j’ai en ce moment, je suis dans une période de lectures anxiogène (je viens de finir la servante écarlate : d’ailleurs j’ai vu que t’avais fait une chronique sur Captive, j’y file !).

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      3. Rhaa moi je n’ai pas réussi à terminer La servante écarlate… mais je ne désespère pas de m’y remettre !
        My aboslute darling est un livre coup de point (ma chronique devrait être en ligne d’ici le début de la semaine prochaine), et carrément anxiogène, donc si c’est ta période, vas-y fonce !

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  1. Je vois qu’on a le même ressenti sur ce livre !! Une fois que j’ai intégré que je n’avais pas dans les mains un roman déchirant et poignant où je me mettrais corps et âme à la place des personnages principaux, j’ai vraiment pu apprécier le message et le témoignage de cette époque 🙂 En gardant en tête que c’est un peu de la science-fiction, en vrai, parce qu’il n’a pas existé de vrai train ^^
    Par contre le lien vers ma chronique renvoie à une boutique de polos si jamais haha 😀

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    1. Mais quelle quiche, quelle quiche… Je suis morte de rire, c’était un lien pour ma mère aha, le copier-coller a été raté XD Je te rétablis ça de suite.
      Oui, justement, moi j’ai bien aimé cet aspect SF du train, d’ailleurs je trouve que la couverture représente bien cette sorte de métaphore.
      (PS : j’ai revendu un tome des enfants de la terre et j’ai eu une petite pensée pour toi et j’ai bien ri !)

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  2. Bonjour,
    Je ne connais que le sujet esclavagisme/ségrégation raciale/mouvement des droits civiques aux USA de très loin, et principalement via les livres d’Histoire ou des films/adaptations (Amistad, La couleur pourpre, The Secret Life of Bees, The Butler, 12 Years a Slave, Loving, etc.).
    Aussi, merci pour ta chronique ! Je pourrais tout à fait me laisser tenter par un tel livre, curieuse de voir le sujet traité à l’écrit en fiction, et de découvrir l’aspect journalistique qui semble t’avoir déconcertée à plusieurs reprises.
    Ce livre m’interpelle, et tes retours me donnent vraiment envie de me le procurer.
    Merci ! Bonne journée, à très vite !

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    1. Et bien écoute je suis ravie que ma chronique te donne envie de tenter ce livre, car pour ma part je trouve vraiment qu’il vaut le détour. Si le sujet t’intéresse en plus, je crois que tu pourrais vraiment beaucoup l’aimer, je l’espère en tout cas !
      Bonne journée !

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  3. L’histoire en elle même a l’air très intéressante mais j’ai peur que le côté journalistique me freine car j’ai besoin d’être ému et attaché aux personnages principaux, d’être limite dans leur tête pour bien m’imprégner du roman.

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    1. Alors, il y a un aspect assez factuel dans l’ensemble, mais certains passages sont très introspectifs quand même, donc si l’histoire t’attire vraiment, je pense que tu peux tenter quand même. J’ai fini par être très attachée à Cora, et je me suis sentie très émue au début du livre (voire trop), en revanche c’est le milieu qui est assez journalistique et déconcertant de ce point de vue, car l’auteur essaie de balayer pas mal de choses autour du sujet. Mais le début dans la plantation de coton est très intense, avec de nombreux souvenirs d’enfance. Voilà, j’espère que ça t’aide un peu à faire ton choix 😉
      Bonne journée !

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      1. Merci beaucoup pour ton avis 🙂 Je pense que je me laisserai tenter si je le trouve à la médiathèque. Bonne journée !

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  4. Ben curieusement ce livre m’intrigue beaucoup du fait de ce côté journalistique justement ! On dit souvent que la fiction rejoint la réalité, et je trouve que ça apporte une véritable valeur ajoutée quand le roman se met aussi à enseigner et à renseigner. Merci pour cette découverte, malgré la noirceur du thème abordé tu m’as donné envie de le découvrir !

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    1. J’espère qu’il te plaira si tu décides de t’y plonger. C’est une lecture bouleversante, et qui ne manque pas de valeur ajoutée, comme tu le soulignes ! (PS : ton fond d’écran rend trop bien sur mon PC ♥)

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  5. Coucou 🙂

    Je ne connais pas ce livre, mais je suis une grande fan de lecture, et j’aime énormément les sujets historiques. Je pense que ce livre doit effectivement être une grande claque, et ne dois pas être facile à lire, mais je pense que je vais aller me l’acheter 🙂

    Bisous,
    Marine

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